L'ImmortelScience-Fiction    Réalité modifiée   



Quand il se souvint avec une précision déconcertante de détails concernant des époques passées et futures, il se demanda comment tout cela pouvait être possible.
La réincarnation était possible, mais à exclure, puisque ses songes l'amenaient aussi vers de futurs horizons.
Restait la probabilité d'un amalgame entre réminiscences issues de vies passées et songes concernant un futur probable.
Il décida d'unifier la chose, pour lui, tout cela relevait d'un tout unique, d'un mode de pensée similaire à décoder.
C'était là son ressenti intime. Il suivit son intuition.
Il ne fut plus soumis à la rétrocausalité au bout de quelques années et s'en trouva fort aise, du moins beaucoup plus à l'aise. Son esprit ne s’en trouvait plus fragilisé.
Ce fait le conforta sur un point : il s'était bien rendu quelque part, temporellement parlant, dans un endroit où aller et venir provoque des troubles psychologiques, le cerveau humain n'étant pas préparé pour ce type de voyages.
Les vraies confrontations avec le temps provoquent ces effets de bord, il en était sûr et en confrontant avec des idées tierces.
Progressivement, il comprit comment industrialiser ses trajets puis quelques années plus tard, il devint sédentaire, temporellement parlant toujours.
Ses souvenirs collectés étaient suffisants. Il lui suffisait désormais de réfléchir de manière cohérente, son inconscient s’occupait du reste.
Il était surtout et aussi las de l'espace-temps, de ce monde violent, sans pitié pour les esprits faibles, où fréquemment terreur et instinct de survie se devaient d'être déployés pour revenir en un seul morceau. Ce fut épuisant.
Le temps se remit à passer soudainement, à s'écouler de manière linéaire. Comme tout cela lui parut agréable, il en avait même oublié jusqu'au bien-être que cela pouvait procurer.
Il redevint progressivement humain dans son rapport au temps, décida de ne plus se confronter à quelques milliers d'années de réflexion sur le sujet qui aboutit au temps que nous connaissons, le temps optimal, car structurant pour notre espèce.
Cela le réinscrivit de facto dans l'inconscient collectif de son époque.
Oui, c'était bien là le temps le plus doux, celui de la dolce vita, du carpe diem, le plus adapté à l’homo sapiens, même si pour lui, il restait le temps des paresseux et des étroits d'esprit.
Il savait que les générations futures n’allaient plus y adhérer plus et s'amusait du gap d'intelligence à venir.
Néandertal était un crétin en comparaison de Sapiens, l'évolution ne s'arrêtera pas là, il la ressentit, aussi l'idée le divertissait.
En voyageant vers le passé, vers Néandertal notamment, il comprit que ces êtres avaient été des génies dans leur rapport au corps, que c'était notamment grâce à eux, que nous pouvons penser à tout autre chose que notre corps, tout en lui assurant une santé pilotée passive.
Sapiens pense, mais pas au maintien de son corps, c'est maintenant inné.
Nos vies et notre essence nous l'ont fait oublier.
L'immortalité en fait le taraudait, elle était proche, il pouvait pratiquement la toucher. Son obsession était somme toute légitime, puisqu’étroitement liée au temps.
Est-ce que le fait de voyager dans le temps fait d'un homme un immortel ? se demanda-t-il. Pas tout à fait, car il y a une différence notoire à utiliser son cerveau pour mener à bien ses explorations et rester inchangé physiquement face au temps linéaire.
Il arrivait à régénérer son corps ponctuellement, il le fit plusieurs fois, mais restait quelque peu sensible au temps qui s'écoulait sur des périodes d'une dizaine d'années. Le mythe de l'immortalité physique était ainsi plus complexe, celui de l'esprit quant à lui était donc possible et atteignable.
Il y trouva assez rapidement une explication et une intuition autour de ces êtres immortels vivants sur Terre, des méduses, dont le fonctionnement peut de loin être assimilé aux fonctions cérébrales.
Seul lui peut-être y trouva une corrélation évidente, mais pour lui ce fut là et assez rapidement un fait acquis, avant même qu'il apprenne l'immortalité de certains de ces êtres. Il était en fait fasciné depuis plusieurs années par les méduses, de celles translucides laissant percevoir leur activité électrique.
Elles étaient pour lui l'origine évolutionniste de nos cerveaux, et nos cerveaux sont capables à l'état naturel de voyager dans le temps, d'imaginer un passé, un futur, de se souvenir, d'anticiper.
Un tout cohérent se dessinait alors dans son esprit : ces méduses immortelles d'un côté et nos cerveaux et ses capacités temporelles de l'autre. Une liaison invisible et possible entre ces êtres et nos esprits.
Si ces êtres n'existaient pas, serions-nous même capables de penser ?
L'immortalité physique quant à elle lui semblait pouvoir être atteinte par l'esprit, mais moyennant de grands efforts et beaucoup de recherches sur le sujet.
L'esprit qui crée de la matière, qui peut créer du vivant. Tel lui semblait la voie la plus envisageable. L’autoclonage temporel. Déjà fait par certains homo sapiens et à ses yeux. Il lui restait plus qu'à trouver le comment et à atteindre le divin ultime.
Stricto sensu, seul Dieu pouvait arriver à ce miracle, mais pas que.
Dans des projections civilisationnelles extrêmes, à plusieurs millions d'années, le fait pouvait être envisageable, à l'état naturel, entendons.
Quant à la piste technologique et l'utilisation éventuelle de nanorobots réparateurs de cellules sur des échelles de temps infinies, il ne renseigna même pas, le coût et pour sûr, devait être prohibitif.
Son époque n'en était pas là, il n'en était même pas à réparer de manière passive les corps avec des nanotechnologies pour des questions esthétiques.
Le 21e siècle était toutefois quelque peu moins barbare que les temps passés, on évitait désormais les saignées, mais pas encore la souffrance.
Le monde de plus était aux abords de la guerre.
Comme dans toute guerre, des indices préalables étaient appréhendables dans le passé, à une dizaine d’années, comme une bouteille à la mer lancée dans un océan relativiste et quantique, à destination d’éventuels éveillés pouvant éventuellement comprendre un futur proche.
Tout était là, certes de manière non évidente, car la solution était à trouver et à assurer quant à sa probabilité d’exécution, mais la réalité complexe à observer ne demandait qu’à être comprise.
Malheureusement, il n’eut pas immédiatement les ingrédients suffisant pour appréhender en avance de phase le message.
Il le perçut à guerre initiée, les indices disséminés dans la réalité lui donnaient une solution à des évènements désormais certains, mais aussi un abécédaire et une porte d’entrée vers un vers.
La réalité rejoignit alors pour lui la fiction, la science-fiction ayant déjà écrit sur la question.
Il se dit qu’il n’était pas le seul à chercher des indices concernant le futur, ici et là dans la réalité atemporelle, dans le n-vers, qu’il s’agisse de multivers, mégavers ou omnivers, au travers de pancartes, de noms de rue et autres corrélations pouvant ramener à une époque cible.
Il y avait aussi quelques personnages de romans, de films, eux-mêmes imaginés par un esprit humain qui l’avait pensé. Des peintres illustres aussi allons savoir à la grande époque des tesseracts.
Ces mondes, ces vers observables au travers de nouvelles réalités, existaient ainsi depuis longtemps, très longtemps, depuis toujours. Ils sont et demeurent une réalité observable de l’Univers, si complet, si complexe à définir et à normer, si cohérent.
C’est là la magie de l’Univers observable, enfin la magie, celle du moins qui ne laisse pas rentrer qui veut, tant le prix du ticket d’entrée offert à ses élus, est coûteux pour les cerveaux, confrontés, et en ce qui concerne les multivers, à des problématiques de causalité.
La technologie et ses enfants, dans leur bienveillance insouciante habituelle, s’empressèrent de dévier pour le bien des inconscients collectifs, afin de résoudre et d’anticiper probablement ces casse-têtes de logique temporelle. L’humanité folle, bof effectivement. Ce fut un succès. L’air de dire aussi, non n’allons pas sur Mars, puisque seuls quelques-uns d’entre-nous pourront s’y rendre, allons plutôt tous ensemble dans sa modélisation virtuelle pop. Pourquoi pas. Il constata que l’idée poursuivit son chemin jusqu’à des paroxysmes affolants, jusqu’à la finalité des multivers technologiques quelque part, où les add-ons ou greffons de la réalité devinrent chose commune, tant les gens s’étaient habitués à vivre autre part et surtout vivre dans une réalité dynamique.
La réalité physique revint ainsi à la mode, elle était toujours la même, mais on pouvait l’altérer, l’agrémenter quelque peu, en ajoutant par exemple ici un immeuble, modélisé virtuellement puis inséré physiquement en tant que vraie bâtisse dans le monde réel, en un battement de cil.
Un omnivers hybride, le premier du genre, qui, pour le coup, constituait une réalité alternative à celle proposée par la Nature.
Les deux types d’omnivers, les vers où les problèmes de causalité n’ont plus lieu d’être, pouvaient difficilement être distingués, pour les éléments du moins ayant trait à l’anachronique.
L’immersion dans l’un, strictement naturel, ou l’autre, hybride, pour ceux ayant accès aux deux omnivers, devint au tout départ source de grand tracas.
D’où cet add-on anachronique observable dans l’environnement provenait-il initialement ?
D’une simulation ou du vrai omnivers ?
Peu importe quelque part et intrinsèquement, mais pas pour les pionniers, ceux qui furent confrontés aux premiers omnivers virtuels non révélés, expérimentaux, possiblement, transférés en avance de phase.
Car il vit également en voyageant dans les vers, ces technologies, ces mises à jour de configurations un peu particulières, car rétrocausales. Ces technologies qui arrivent de nulle part soudainement, ces patchs improbables ayant aussi bravé les méandres du temps, qui soudainement rendent hystériques des utilisateurs du passé.
Il eut la sensation que c’était là une révolution industrielle et technologique tant le gap technologique offert en une fraction de seconde rendait la chose magique et tant les gens étaient enthousiastes, et lui aussi d’ailleurs en tant qu’observateur.
Une technologie issue d’un futur à deux cents ans était soudainement là. Tout simplement là.
C’était une évidence qu’elle vienne du futur, du vrai futur.
Les premiers rêveurs et fous à les avoir envoyés dans le passé furent encensés.
Ça marchait !

Lui finalement et pour conclure, fut le vrai privilégié, il toucha à une forme d’immortalité.
Aussi, fut-il surnommé l’immortel.