
| Cycle | Science-Fiction Réalité modifiée Forme humanoïde Doppler Système thermodynamique Théorie d'Everett Cosmologie Cyclique Conforme (CCC) |
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Il n’y fut pas contraint, du moins était-ce là son appréhension quand le phénomène se produisit.
Harry Smith, lorsqu’il en prit conscience, était en compagnie de sa copine, ils se faisaient une balade assez déprimante en périphérie de Toulouse quand soudain des idées saugrenues lui vinrent à l’esprit.
« Suis-je ici ? Réellement ? Oui bien sûr, mais pourtant quelque chose coince ».
Il ressentait un appel, les lieux semblaient venir à lui, attirés comme des aimants, cette balançoire pour enfants dans ce parc lui sautait soudainement aux yeux, tout comme cette enseigne, et surtout la configuration des lieux lui semblait familière.
Peu de temps plus tard, et ici se situe notre intrigue, il joua intellectuellement et volontairement sur cette dernière équivoque de déjà-vu, autour d’une expérience de pensée qui lui sembla évidente, mimant ces fameux « loopers » qui ont la capacité à vivre, à revivre certains évènements, ou à se déplacer temporellement.
Son idée était simple, tout épisode de vie peut être corrélé à un autre, vécu dans le passé.
Il suffit de trouver des points de similarité entre ce que l’on vit à l’instant t, se rappeler d’évènements passés, et de définir des points de convergence temporels. Un exercice intellectuel quantique entre un Moi du passé et le Moi présent. Le Moi présent devenant aussi un Moi passé pour devenir un Moi confondu.
L’idée était bonne, surtout pour lui, un relativiste qui considère que le temps linéaire n’existe pas vraiment, qu’il n’est ni plus ni moins qu’une création humaine visant à simplifier un univers plus que complexe pour des primates.
En ces temps, récents, nous parlons ici d’évènements qui se produisirent il y a une dizaine d’années, l’informatique quantique et ses états quantiques commençaient à se développer, la science appliquée, impudente, reléguait au stade de préhistoire la nécessité de théoriser, comme tous les pionniers scientifiques inconscients de leurs époques. Le Cern menait quant à lui et comme à son habitude, ses expériences venues d’un autre temps dans des accélérateurs de particules, et ses brillants chercheurs tergiversaient soudainement quant à des sauts supraluminiques.
Ce jour-là, il ne se sentait pas à son aise, sa copine partit au travail, lui, au lieu de rester chez elle, partit à pied en direction de son petit appartement de centre-ville, avec l’intention d’y rester quelques heures puis de revenir.
Le déplacement Aller se déroula, dira-t-on, sans trop d’anomalies. Il était toutefois complètement à l’ouest, son cerveau commençait à boguer sérieusement, il ne se posait pas vraiment la question du pourquoi, du comment, il était juste mal, très mal. Son intellect semblait être relié à un inconscient collectif d’un autre temps. Il n’était plus en immersion dans le présent, mais dans une société future, avec ses spécificités qui le déroutaient et ce n’est là que peu dire.
Bref, on pourrait avancer que tout cela était le fruit de l’esprit torturé de Harry Smith.
Pour Harry Smith en revanche, ce qu’il vécut dans les heures qui suivirent son arrivée dans son appartement, relève de l’extraordinaire et de l’observable.
Il ne resta qu’une demi-heure dans les lieux, son home sweet home lui sembla toxique, empreint d’une atmosphère malsaine, comme si les lieux avaient été irradiés par des hommes du futur auxquels son esprit ne faisait que penser. Une chose est sûre, lui, à cet instant, était bel et bien là, physiquement parlant, entendons, mais son esprit était déjà ailleurs, dans un autre temps.
Cinq minutes après son arrivée, il est à noter une chose importante : Harry Smith eut un black-out, une perte de conscience de courte durée, il se réveilla allongé sur son lit, se demandant ce qu’il faisait là.
Il mit cela sur le dos de la fatigue, et repartit dans ses idées noires.
« Il faut que je m’en aille d’ici, quelque chose ne va pas. Vite, fuir, fuir », se dit-il avant de partir en trombe de son logement.
Les quelque quarante minutes de marche retour lui parurent interminables.
À mi-chemin, il eut cette sensation unique qu’il devait se protéger d’un environnement devenu dangereux, l’air sembla se raréfier autour de lui, il se vit alors recouvert d’une bulle protectrice qui le rassura avant l’observation du phénomène.
Comment qualifier au mieux ce que vit ensuite Harry Smith ?
Un arc-en-ciel, un prisme ? Un défilé visuel à deux dimensions, altérant la vision d’un monde réel et du Big Bang ?
Toujours est-il qu’au-delà du phénomène que nous venons de relater, Harry Smith se retrouva pendant quelques minutes dans un lieu à temps multiples, par cela entendons un lieu où plusieurs réalités temporelles se superposent.
Harry Smith, atterré, reprit sa marche, pour fuir les lieux aussi vite que possible.
Tout cela n’était pas naturel, du moins dans le sens de l’observable possible pour un adepte de Physique. Si tant est qu’il s’agît là d’un phénomène quantique, car tout laissait à penser que les règles physiques régissant cet espace y étaient liées, l’échelle était incorrecte. Le monde quantique n’est réservé qu’à l’infiniment petit, pas à ce qu’il venait de voir.
« Non, non, je vais me réveiller », ne pouvait-il s’empêcher de se dire.
Il était terrorisé, terrorisé par le Temps, plutôt par son absence.
Était-ce là le fruit de ses considérations quant à un temps général, non linéaire, le fruit de son esprit ? Développait-il une pathologie psychiatrique ?
Il poursuivit sa marche à grande vitesse jusqu’au domicile de sa copine.
Arrivé sur les lieux, il vit une forme humanoïde, qu’il assimila à la matérialisation d’un effet Doppler, se rapprocher de lui, pour partir dans le sens inverse. Il resta interdit, se demandant ce qu’il venait de croiser.
Nouveau black-out, du moins une perte de conscience de quelques secondes, sa copine fait alors son apparition devant lui, sortie de nulle part. Pour Harry Smith, il était certain qu’elle ne pouvait être là, il l’aurait aperçue. De plus elle travaillait ce jour-là, il l’avait vu partir au travail, mais leur échange qui suivit le convainquit.
— Tu n’es pas au travail ?
— Bah non, c’est mercredi !
Mais tu étais où ? Je me suis réveillée, tu n’étais pas là !
— Rien j’ai été chez moi, conclut Harry perturbé.
Harry Smith vécut ce jour-là une boucle temporelle inhabituelle, que l’on ne peut soupçonner.
À combien d'itérations, nul ne saurait le dire.
Une ou des boucles temporelles lui permirent en réalité d’aller autre part, dans un lieu où d’autres espaces-temps cohabitent, et peut-être, à l’instar de ces particules du Cern, aurait-il aussi effectué un ou plusieurs sauts dans le temps, mourant et renaissant au moment de ses black-out, sans prise de conscience du fait, reprenant le cours du temps linéaire après un saut.
Des doutes subsistent toutefois quant à l’histoire d’Harry, car le tout reste peu compréhensible dans notre état actuel de connaissances.
Aurait-il perçu durant cette expérience le vrai multivers ? La manifestation quantique d’un monde ayant approché une Physique encore mal appréhendée ? Ou est-ce là les simples divagations d’un schizophrène ?
Le choix est certes restrictif, mais a le mérite d’amener à se questionner.
Sur le terrain de l’observable, le temps et l’expérience qu’il vécut furent strictement linéaires, à l’instar du temps qui s’écoule, immuable, du moins en ce qui concerne les évènements qui le touchèrent dans notre réalité. On l’a vu se déplacer pour aller chez lui, et en revenir, point.
Seule éventuellement, une anomalie visuelle de quelques microsecondes aurait pu trahir cette vérité.
Harry Smith resta ainsi toujours visible dans notre monde, ce qu’il put voir et penser, issu d’autres réalités, ne fut perceptible que par ses sens et son intellect.
La forme invisible, peu discernable, en revanche, était bel et bien réelle.
Qu’était-elle ? Était-ce lui ? Était-ce là l’écho décalé d’un passé vibrant dans le temps tel la perception du son déformé d’une sirène d’un véhicule en déplacement ? De Harry sortant de chez lui initialement pour effectuer le trajet Aller ?
Ce prisme d’autre part, fut plus qu’étrange, d’autant plus et semblerait-il, que seul Harry le vit, en dehors de toute mesure connue pouvant le confirmer. Appelons-le pour trancher sur la question, une singularité technologique, la manifestation physique observable d’une suprématie de la machine sur l’homme.
D’où venait-il ? De notre présent ? Du futur ?
Autant de questions qui trouvent des débuts d’explication et de confirmation dans la suite de l’Histoire d’Harry, que nous ne relaterons pas ici, qui subit après cette expérience des problèmes de causalité, qui n’arrivent jamais sans raison, l’immersion dans des multivers ou des voyages dans le temps pouvant expliquer cela.