Le Boucher du NevadaFiction    Western Noir   



Aurora – 1861

Bill Johnson faisait partie de ces hommes qu’il ne fallait vraiment pas ennuyer, comme beaucoup de cowboys de l’époque, mais lui, il était vraiment spécial.
La petite ville d’Aurora créée l’année précédente comportait déjà mille quatre cents habitants et vivait déjà essentiellement autour du tumulte généré par l’Or et de ses mines.
Bill était un être particulier pour de multiples raisons que nous découvrirons dans la suite de ce récit.
Avant tout et selon les références de l’époque, ce qui marquait quand on le croisait, c’est qu’il avait le regard fou, le regard d’un chien fou. Ce que l’on voyait plus précisément dans ses yeux était intelligence, sournoiserie et folie latente.
On savait immédiatement en le croisant que c’était un tueur, qu’il avait déjà tué, mais une inconnue assombrissait profondément le tableau. On le ressentait, on ne savait pas quoi exactement, mais c’était là, émanaient un mélange de terreur et de crainte qu’il bascule dans une violence meurtrière.
Mais appréhendons dans un premier temps un épisode de sa jeunesse, alors qu’il n’avait que dix ans, le début de sa légende.

Non loin d’Aurora - 1836

Bill à cet âge venait de perdre sa mère. Il était enfant unique, son père cultivait le champ à côté de leur ferme isolée, sa mère s’occupait avant sa mort de la maison et aidait également aux cultures.
Voilà pour les présentations funestes.
À côté de la maison, une grange servait à stocker de nombreux outils, son père était obsessionnel en la matière et avait détourné l’usage d’une grange pour en faire un musée opérationnel de tout ce qui pouvait se faire en matière de tranchant, contondant, coupant, et autres outils de diverses catégories.
Ce qui choquait plus précisément quand l’on rentrait dans la grange était que tout était rangé de manière méthodique à l’instar d’un étale de boucher. Un nombre abusif d’armes et outils, des centaines, étaient disposés parfaitement en ligne sur plusieurs rangées dans la partie gauche de la grange et à sur sa droite, de la viande, en grande quantité.
Et ici encore, on était loin des jambons ou carcasses reconnaissables et attrayantes que l’on trouvait habituellement dans les lieux de stockage de ce type. Il y avait bien quelques cuisses ou épaules de porc, quelques volailles, en nombre cohérent pour les besoins de la famille, mais à côté de cela, une quantité inimaginable de viande méconnaissable, puante, infestée de parasites, des carcasses difformes abandonnées, contrastant avec l’aspect rutilant et entretenu des divers accessoires de la partie gauche.
La nuit d’automne où sa mère est décédée, Bill était dans son lit en train de dormir, il fut réveillé à trois heures du matin par son père dont le visage placide et froid, qui n’exprimait généralement que peu de sentiments, avait laissé place à un visage rempli de folie.

— Viens avec moi, tu as faim ?
— Hein ?
— Tu as faim ?
— Euh ... hein ?
— Viens avec moi ! Sors du lit, allez ! allez ! On va à la grange, conclut-il d’un ton ferme et monocorde.

John Jeremiah Johnson, tel était son nom, n’attendit pas son fils, il partit d’un pas empressé, Bill ne traina pas, et il ne valait mieux pas pour lui, il le savait, il enchaussa rapidement ses souliers sans les lacer et lui emboita le pas.
Son père tenait de la main gauche son avant-bras droit, Bill avait du mal à percevoir exactement ce qu’il tenait. Il crut distinguer une arme en sortant de la maison, mais la pénombre était trop obscure.
« On arrive, j’ai réveillé le gamin ! » scanda-t-il à voix haute à mi-chemin des trente mètres séparant la maison de la grange.
Le suivant à quelques encablures, il vit son père rentrer dans la grange, puis s’y engouffra à son tour.
Ce qu’il y découvrit le surprit plus que ne l’effraya.
Sa mère était accroupie, les jambes semblerait-il écartées près de carcasses de viande, ses cheveux cachaient son visage, elle portait une robe de chambre ample disposée au sol cachant sa nudité.

— Allez ! Allez ! s’exclama le père agacé.
J’ai amené le gamin !
— Non... mais non ! mais tu es fou ! Tu me rends folle !
— Allez femme, je suis ton mari, tu feras ce que je te dis !
— Mais pourquoi tu as fait ça ? Je ne comprends pas... Non !
— Tu cherches pas à comprendre, tu fais ce que je te dis !

Bill à ce moment précis eut une pointe de peur, de voir déjà sa mère dans cet état, peur pour elle donc, mais avant tout et fort logiquement pour lui. Il découvrait ses deux parents en sale état. Son père semblait fou, fou d’un mal non encore identifié et sa mère l’était tout autant, mais pour d’autres raisons, elle était déboussolée et apeurée. Il regardait sa mère hagard. Elle obsédait son regard.

— Bon tu veux pas ? hurla-t-il soudain. Tu l’auras voulu salope !

Il vit alors son père se diriger vers la partie gauche de la grange, attraper une masse contondante de la main gauche, pour revenir rapidement à hauteur de sa mère.
Sans autre préavis, il lui assena directement un choc d’une violence rare sur l’épaule avant de s’accroupir à sa hauteur. Sa mère hurla de douleur sous le coup du choc avant de fondre en larmes.

— Tu vas être raisonnable maintenant ? Tu vas montrer au gamin ? Tu vas la bouffer ?

Bill découvrit alors que son père ne tenait plus de la main gauche l’arme, mais sa main droite, qu’il s’acharnait à finir de détacher de son avant-bras, tout en s’exclamant sans faillir.
« Tu vas la bouffer ? Comment il fera s’il crève la dalle quand il sera grand ?
Hein ? Comment il fera ?
Dis ! Comment il fera ?
Il osera pas ?
Tu discutes pas ! ».
Nouvel aller-retour vers le coin des outils pour attraper une hachette, après avoir posé sa main enfin démembrée sur le sol près de la mère. Au passage près d’une lanterne, Bill découvrit l’avant-bras amputé de son père pissant désormais le sang de manière abondante.
John Jeremiah ne l’avait pas fait auparavant pour ne pas affoler Bill. Tel était ce qui se passait dans son esprit malade.
D’un coup assuré, il sectionna alors d’un geste assuré un doigt de la main sans vie avant de lâcher vivement « Tiens, attrape ça ». La mère s’exécuta sans broncher, elle attrapa le doigt, le père empoigna de nouveau la masse, la menaçant d’un coup cette fois-ci au visage.

— Non, fais pas de mal à maman, j’ai faim ! j’ai faim ! Donne moi le doigt maman.
Donne-le moi.

Sa mère n’était plus là, elle ne pleurait plus, elle regardait son fils d’un regard sans vie, ne comprenant plus la situation. Bill le comprit du haut de ses dix ans et ne voyait qu’une chose, la protéger. Machinalement, soumise à la situation et à ses acteurs, elle lui tendit le doigt sans réellement comprendre, ce qui eut pour résultat d’apaiser le père.

— Tu es un bon fils, tu comprends hein toi ?
Tu vas devenir un homme.
Tu sais que je fais tout ça pour toi et que j’aime toi et ta mère hein ? T’inquiète pas Bill. Mange de bon cœur.

Tel pouvait être aussi la réalité de l’Ouest américain, en raison de périodes de famine.
Bill ce jour là, est devenu un homme, mais aussi un cannibale à dix ans.
Avançons-nous maintenant un peu plus dans le temps et découvrons la vraie légende de Bill Johnson.

Non loin d’Aurora – 1843

Bill a dix-sept ans, depuis ses dix ans et comme son père, il s’est pris de passion pour les armes de poing et l’activité à la ferme de préparation et stockage de la viande.
Il est un peu comme lui, mais plus intelligent, plus réfléchi, plus introverti.
Il faut dire que le meurtre de sa mère que lui imposa son père, peu de temps après l’épisode cannibale, toujours pour des questions éducatives, l’impacta profondément, psychologiquement entendons.
Sept longues années sont passées depuis, mais il en garde toujours les stigmates, et de là est né chez lui ce tempérament double, maussade lui venant du souvenir de sa mère et fou, lui venant de son père.
Il n’y pense plus vraiment, depuis de l’eau a coulé sous les ponts, ainsi que nombre de meurtres en série pour le bon approvisionnement de la grange.
Bill n’a ceci dit jamais pardonné à son père et a décidé de partir aujourd’hui de la ferme pour vivre sa vie et de le tuer avant de partir, pour venger sa mère.
Il est devenu aussi froid dans l’approche au meurtre que son père.
Il n’a plus vraiment de sentiments, il aime son père, mais c’est comme ça, de toute façon, il ne serait pas heureux s’il devait rester seul à la ferme. C’est mieux ainsi pour lui.
Ce qu’il se dit. Il est pragmatique.
En plus, il est vieux, commence à avoir des problèmes de santé, c’est aussi un service qu’il lui rend.
Le problème reste quand même que ce jour-là, Bill s’exécuta, mais s’acharna sur le cadavre de son père qu’il aimait pour autant, du moins avant l’engagement de l’exécution du meurtre où là, plus rien ne compte sauf le bon résultat comme lui enseigna son père.
Il passa en réalité aussi un nouveau cap, celui de la sauvagerie vengeresse, celui du meurtre que l’on découvre comme relevant d’une vision du Bien (à contrario de tous les autres où il n’y avait qu’un intérêt moral basique : assurer la production de viande), et à durée que l’on souhaite ainsi rallonger, puisqu’il s’agit là de quelque chose de bien.
Le résultat fut net et sans bavures : cent cinquante coups de hache dans sa boite crânienne, il finit les deux dernières minutes aveuglé par sa folie meurtrière, à taper sur le sol damé de la grange. Il ne restait plus rien de la tête de son père, un amas de chair et d’os concassé.
Quand il s’en rendit compte, il s’exclama juste « Merde, qu’est-ce que je suis con ».

Aurora – 1861

Nous sommes de retour à l’époque du début de notre récit.
Bill Johnson est donc un sacré gaillard de trente-cinq ans qu’il ne faut pas déranger et qui provoque la crainte chez tous ceux qui peuvent le croiser.
Il faut dire qu’en nombre de meurtres cumulé, il n’a pas chômé depuis son émancipation.
Il eut trois relations amoureuses qu’il ne put s’empêcher de conclure dans le sang, tentant de retrouver l’ivresse du meurtre de son père, ivresse qu’il ne retrouva en fait jamais.
Les meurtres passionnels autour des tromperies comme leitmotiv d’un Bien à trouver pour alimenter la scène de crime lui semblèrent fades.
« Bof, toujours pas », lâcha-t-il déçu après le meurtre de sa troisième copine défunte, qu’il démembra et coupa quand même en morceaux avec une hache.
Bill est en ville pour aller au saloon. Il a envie de prendre du bon temps avec des prostituées. On lui a dit que certaines faisaient tout. Il a prévu d’y passer toute la journée, avec plusieurs d’entre-elles. Bill est quelqu’un qui a aussi de grosses envies, et qui ne satisfait pas d’une seule jouissance.

— Bonjour, vous prendrez quoi ? lui lance le barman
— Des putes et un whisky.
— Ouais... votre réputation vous a précédé... y en a une qui aime se faire cogner, lui chuchote le barman, complice.
— Nan... Je marche pas. M’intéresse pas.
— Ah ? répond le barman à voix haute, continuant d’essuyer des verres déjà plus que propres et secs.
— Ouais...
— C’est quoi votre truc ?
— Quoi ? Tu me prends pour qui ? rétorque Bill le regard transformé.
— Non, non ! mille excuses... pas ce que je veux dire... Adressez-vous à la maquerelle en bas de l’escalier, c’est elle qui gère.

Le barman blême regarde Bill partir en direction de la maquerelle.

— Bonjour mon beau, qu’est-ce que je peux faire pour ton service ?
— Bah... mon whisky et une pute pour commencer.
— Bien sûr mon mignon, une blonde, une brune, une rousse ? Allez, monte l’escalier et fais ton choix.

Bill la regarde, il n’a pas apprécié qu’elle l’appelle son mignon.
Il continue de la fixer en montant l’escalier.
Quand Bill fixe une femme, c’est jamais bon.
L’idée de la tuer commence à plus l’exciter que de fourrer son chibre dans une blonde, une brune ou une rousse.

— Vas-y mon mignon, tu veux pas me dire que c’est moi que tu veux ? lui demande-t-elle en lui montrant ses seins.
— Si.
— La première de la journée ici !
Vous entendez les filles ?
Ah lui, c’est mon mignon !
Il est gentil...
— Il sait pas ce qu’il loupe le mignon, relance une blonde avec des seins plus que conséquents.

Il faut dire que la maquerelle a soixante-sept et trois mois, et on ne peut pas vraiment dire qu’elle soit bien conservée.

— Tu me suis mon mignon ?
Bah qu’est-ce que tu as ? Tu as l’air énervé ?

Bill à cet instant, vient de reprendre son regard de fou. L’autre lui a mal parlé également et à ses yeux.

— OK. Toi aussi la blonde ! Avec nous !
— Oh ici hé ! Je te plais pas ?
— Si, mais elle aussi, elle me plait, conclue-t-il glacial et menaçant.

Ce que ne sait pas encore Bill c’est qui est la blonde qu’il vient d’interpeller.
Surnommée simplement « La shérif » avant d’être contrainte de rejoindre le saloon, cette renommée anodine cache en fait une personnalité des plus sadiques de l’Ouest.
Son vice depuis sa naissance est de monter les hommes les uns contre les autres au nom d’une justice humaine que seule elle comprend.
Il ne sait pas encore également qu’il vient de rencontrer la nouvelle femme de sa vie, la seule qu’il ne tuera pas puisqu’elle s’évertuera à faire tuer plus que lui.
Bill, la maquerelle et la blonde partent en direction du premier étage, Bill est plus que nerveux, ses éperons cliquettent ce qui a tendance à encore plus l’agacer. Ce qui l’irrite le plus, c’est le nombre de clients qu’il découvre plus il se dirige en direction des chambres.
Bill aime être dans le calme quand il se prépare à tuer. Là, rien ne lui va.

— Bah qu’est que t’as mon mignon ? T’as pas l’air bien ? ne peut s’empêcher de lui lâcher la maquerelle.
— C’est pas tranquille ici.
— Ah c’est pour ça ! bah on a des chambres aussi en bas. Tu préfères ?
— Ouais.
— Bon bah OK ! Faut dire les choses mon mignon ! Faut pas rester comme ça. Allez, on va en bas !

Bill commence à se détendre au passage par le bar et malgré un pianiste qui s’acharne à créer une atmosphère plus que pesante.
Ils longent le bar, la maquerelle ouvre une porte qui donne sur un escalier pour accéder à la cave.
Le lieu qu’il découvre est beaucoup moins accueillant que le premier étage, des toiles d’araignées sont en grand nombre sur les murs, il y fait plus sombre, mais c’est plus calme. Au milieu de la cave est présente une table avec quelques chaises, utilisées pour des parties de poker très probablement, il y a trois portes donnant sur des trois chambres. Personne à ce niveau. Alors que la maquerelle ouvre une porte, Bill l’interpelle.

— Toi, tu restes là, tu attends, je vais commencer avec la blonde.
— OK mon mignon.

À peine rentrés dans la chambre et après que Bill ait fermé la porte, la blonde s’agite.

— Ne me tue pas ! C’est elle ! C’est de la faute de la vieille, pas de la mienne !
— Quoi ?
— Tu es bien « Bill le concasseur » ?
— Euh...on m’a donné plusieurs noms.
— C’est toi ?
— Ouais.
— Ne me tue pas, je vais t’expliquer ce que me fait subir la grosse ici et ce qu’elle raconte sur toi. Ce que je vis ici est affreux. Regarde. C’est d’jà pas honteux de faire subir ça à une femme comme moi ? Hein ?

Bill regarde sur dos, il est effectivement difforme, il porte les stigmates de nombreux de coups de fouet.

— Hein ?
— Bah c’est rien ça, rétorque Bill.
— Ah oui c’est rien ? Je te signale qu’elle raconte à tout le monde que tu vas avec des hommes ! Et c’est rien ?

Si Bill n’aime pas une chose, c’est que l’on dise de lui qu’il va avec des hommes.
Bill, comme à son habitude, est expéditif.
Là, c’est le Bill tueur qui ressurgit en une fraction de seconde.
Il ouvre la porte avec beaucoup de force et de rapidité, la maquerelle postée derrière reste interdite, il l’attrape par les cheveux, l’amène de force dans la chambre, et commence à lui claquer la tête sur les murs d’une violence rare et sans avertissements.
La blonde médusée assiste un spectacle de violence sans précédent.
Bill de son côté retrouve ses sensations. Il agit aussi pour le bien de la blonde. Également et c’est là chose rare, sa présence ne le dérange pas.

— Tiens, attrape mon sabre, on va lui couper la tête après, je finis de l’assommer, lance Bill à la blonde dans le feu de l’action, en ouvrant son poncho.
— Mais non ! Fais pas ça... Tu es fou ! rétorque la blonde terrorisée.

Le visage de Bill s’illumine, il revoit sa mère implorant son père de mettre fin à toute cette folie.
Il lâche alors la maquerelle qui s’effondre sur le sol inanimée, sérieusement amochée, attrape un couteau, pose sa main sur le mur, se coupe un doigt et lui tend.

— Tiens rassure-toi, je le ferai pas, tout est fini, mange de bon cœur.
...
Quoi ? Tu ne me contraries pas, tu manges !

La blonde, atterrée, reste sans voix. Bill revoit maintenant sa mère avec encore plus de clarté. C’est elle ! C’est la même expression que celle qu’il avait décelée dans les yeux de sa mère enfant, un mélange de détresse, de peur, de terreur, de volonté que tout s’arrête.
Machinalement et comme sa mère, elle attrape le doigt pour s’exécuter. Bill au bout de quelques secondes, se ravise.

— Non, ne fais pas ça !
— Quoi ?
— C’est bon, tout est fini, conclut Bill patriarcal, se voulant rassurant, en lui attrapant le doigt qu’il commence alors immédiatement à manger.
— Mais tu es fou !
— Ne t’inquiète pas maman, tout est fini. Le cauchemar est terminé.

La blonde profite alors de s’enfuir de la pièce tandis que Bill grignote son festin la tête collée sur le mur, marmonnant des mots incompréhensibles.

Aurora – Quelques années plus tard

La légende de Bill Johnson est plus qu’assise dans le coin, la blonde a raconté à tout le monde ce qui s’est passé, comment Bill a mis fin à son oppression, et de quelle nature il était vraiment fait. À vrai dire, elle n’a pas vraiment eu le choix que de donner une explication, elle n’a pas osé tout raconter, elle a édulcoré, elle a zappé l’épisode du doigt, ça l’arrangeait. Elle est beaucoup plus perverse en la matière. Elle est de celle qui aime passer pour quelqu’un de bienveillant, qui se préserve bien de critiquer directement des gens qui lui ont rendu service ou qui peuvent le faire. De surcroît, la ville est petite, elle n’a pas eu envie qu’il soit catalogué, car il est évident qu’elle aurait été dans ce cas amenée à le recroiser dans un contexte plus qu’hostile. Elle est désormais la maquerelle du saloon, et s’en porte plutôt bien.
Bill, ce jour-là, est de retour à Aurora, à cheval, avec un bandeau sur le visage, il a des courses à faire. Il veut s’acheter de nouveaux couteaux. Il a toujours la même passion que son père, collectionner tout ce qui peut être tranchant ou contondant. Sa vie est des plus simples, il est cowboy, s’occupe d’un petit élevage de bétail et ramène de temps en temps quelques chercheurs d’or ivres et égarés, pour leur faire leur affaire. Sur ce point, on ne peut vraiment dire qu’il ait levé le pied, il est devenu un psychopathe meurtrier compulsif. Beaucoup de disparitions donc le coin qui passent plus ou moins inaperçues. Bill est toujours « Bill le concasseur » mais aussi bien le shérif que les habitants de la ville ne s’imaginent de ses réelles activités. Son père n’était pas aimé dans le coin et depuis la mort de sa mère, aussi comprirent- ils son geste.
Alors que Bill descend de cheval, il tombe sur la blonde.

— Hé salut cowboy ! entend-il soudainement.
— Ah ! C’est toi ?
— Comment vas-tu ?
— Ça va, ça va...
— Tu sais que j’ai beaucoup pensé à toi ?
— Ah ouais ?
— Oui... des mecs comme toi, on peut vraiment dire qu’il y en ait beaucoup dans le coin... Si tu vois ce que je veux dire...
— Euh... non.
— Je te fais un dessin cowboy ? Pourquoi tu viendrais pas chez moi ? Je commence qu’au coucher du soleil.
— Je peux pas, je dois acheter des couteaux.
— Bah, je pourrais m’occuper du tien à la place...
— Pfft... Viens plutôt à ma ferme ce soir si tu insistes, je te montrerai mon stock de viande.

Bill a une bonne mémoire, il se souvient clairement de la sensation qu’il avait eue avec cette femme, aussi bien la concernant que pour le bon exercice de son vice meurtrier. Seule ombre au tableau, sa mère a été tuée, elle, est encore en vie. Ça le gêne, tout n’est pas cohérent dans la corrélation.

— Euh cowboy, je travaille ce soir je t’ai dit... Mais bon, je peux peut-être m’arranger... Tu vas pas me tuer ou te faire du mal si je viens ?
— Bah...
— On aura mieux à faire cowboy, si je viens... Faut que je te raconte ce qu’ils ont encore fait à une femme de qualité comme moi... Tu vas être écœuré.
— Quoi ?
— Je te raconterai, je vais venir ce soir, OK. Au fait, mon nom c’est Margot Lalaurie.