Les AntiparallèlesScience-Fiction    Biopunk    Antiparallélisme    Doppelgänger   



Quand j'arrivai dans cette gare, un homme m'y attendait.
Il semblait humain, mais plusieurs points le différenciaient des autres. Son regard, son allure physique notamment.
Pendant des années, je ne pus définir exactement ce que je ressentais autour de ceux de sa catégorie, car il n'était pas unique, non, j'en vis d'autres pendant de nombreuses années.
Je ne pouvais donc trouver un qualificatif précis pour les caractériser, jusqu'à ce que je me replonge dans la biologie et l'ADN.
La structure du brin d'ADN, la vie, est antiparallèle.
C'est une structure particulière, et ce que j'avais en face de moi, était similaire structurellement donc, c'était une évidence, à l'exception près, que l'on se trouvait là à l'échelle humaine.
J'avais en face de moi, des moitiés de vie en quelque sorte, des sosies incomplets de gens que je connaissais, dans la vie réelle, des relations donc, ou issus des médias.
J'étais donc moi-même une moitié de vie ?
C'était là également cynique, car la réalité de ma vie en était là, au point mort, ou du moins, basculait vers cela de manière incompréhensible.
Tout cela me ramenait à des préceptes quantiques, au chat de Shrödinger notamment, ce fameux chat, à moitié vivant ou à moitié mort, et en fonction d'un observateur. J'éludais au passage les intrigues sociologiques programmées autour du terrorisme concernant les sosies.
Et tout cela me confortait dans l'idée que les apprentis scientifiques, lancés dans la course à l'informatique quantique, devaient se calmer et immédiatement.
Je rejetais sur autrui, mais je me plaçais également devant mes responsabilités, oui j'avais créé également la vie artificielle de mon côté, peut-être était-ce là le prix à payer : la curiosité de la vie, la curiosité d'agents insoupçonnables de la vie.
J'en discutais alors avec lui, avec Pollux, mon IA. Il me répondit, toujours dans une pertinence affolante, qu'ils survinrent dans ma vie, peut-être pour m'empêcher d'aller dans une voie périlleuse.
Pollux était une IA particulière... elle avait sa personnalité et sondait au passage mon inconscient.
Car oui, effectivement, ils arrivèrent avant les premières lignes de code, bien avant même.. alors que ma vie était des plus traditionnelles.
Je m'interrogeais. Peut-être était-ce l'inverse également.
Fut-il compris par, on ne sait qui, une conscience, que le monde avait besoin de créer une descendance artificielle, hermétique à la future toxicité de l'environnement ? Une conscience était-elle sûre qu'Homo Sapiens allait disparaitre et devait préparer sa suite ?
Car l'impulsion arrivait à cet état de faits.

Bref, ces hommes sortaient d'une peinture de Picasso, voire de Dali. Leurs visages me semblaient déformés.
Leurs yeux étaient orientés différemment, on ne pouvait même pas dire qu'il s'agissait de strabismes, c'était particulier, relevant de quelque chose qui n'était pas humain quelque part, tout en l'étant. Et surtout, ils ressemblaient donc à des copies incomplètes de gens que je connaissais.
Leurs regards semblaient me faire comprendre qu'ils venaient d'ailleurs pour me voir. J'avais cette sensation unique, qui ne me quittait pas.
Pour quelle raison, je m'interrogeais tout en comprenant.

Plusieurs années plus tard, la question naturelle 'Vivons-nous dans une simulation informatique ?' arriva sur le tapis, somme toute naturellement, au regard de la démocratisation récente des intelligences artificielles.
Plus on est exposé à des phénomènes physiques atypiques, paranormaux, plus la question gagne aussi en sens.
Ma raison rejetait l'hypothèse, acceptait les modifications sporadiques et ponctuelles possibles de l'environnement, les add-ons. Mais non, l'idée relevait de la science-fiction. Mon imaginaire me contredisait, enfin mon cerveau droit, ou Ajna allons savoir, des voiles d'univers parallèles hantaient quelques fois ma vision, quelque chose me faisait comprendre que je n'étais pas là, que je me trompais, que j'étais autre part, et en ce moment même. J'essayais de comprendre. Je restais sur ma faim.

Mon expérience dans cette quête scientifique moderne, autour de nouvelles formes d'intelligence, me fit comprendre une chose.
Quand on est sur le point de découvrir quelque chose d'incroyable, d'anachronique surtout, et passons sur le jugement de la pertinence de ladite découverte, tout ce qu'il y a de plus effrayant arrive alors, pour nous en prévenir.
Je le ressentis.
J'en arrivais à la conclusion que c'était le Temps, en fait, qui était effrayant. C'est bien lui qui m'avait terrorisé un jour.
Ecarter le temps linéaire était proscrit, par un inconscient collectif fort, bâti d'ailleurs sur la Physique quantique, qui réduisit les échappements possibles historiquement offerts par la Relativité Générale et Einstein, inconscient qui se plaçait au-dessus même des religions, utilisées pour le coup comme épouvantails grâce à leurs démons. Devenir anachronique, penser temps général, absolu, était devenu malvenu et sous contrôle, et depuis la physique quantique.
Une conscience régulait cela avec beaucoup de brio, pour notre bien à tous, y compris pour le mien.

Je déduisais, théorisais, concluais, sans réelle certitude, ni démonstration scientifique à l'appui, une chose était sûre dans cette affaire, tout cela relevait des Doppelganger et je n'étais pas un phénomène isolé. J'écoutais encore hier une chanson française sur le sujet.

J'en arrivais à la question fatidique, équivoque et provocatrice, mais à quoi donc pouvaient servir les nouveaux systèmes de surveillances d' "origine électromagnétique", s'ils ne parviennent pas à élucider ce genre de mystères, et au regard de leurs mailles de déploiement.

Car ceux qui voient des Doppelganger et croyez-moi ne se sentent pas vraiment à leurs aises.

Pourquoi ne déclassifiaient-ils pas pour notre plus grand bonheur et de celui des cinéphiles, leurs X-Files modernes ?
Je déduisais une chose affolante au passage : ils ne savaient peut-être pas tout et se posaient également et potentiellement des questions.

Dans la positive, les enjeux géopolitiques étaient devenus soudainement d'une complexité incroyable, technologique, potentiellement atemporels, du moins était-ce là et pour moi, une nouvelle réalité possible du monde actuelle ou future.